« Mille morceaux » James FREY – 2003 –

| « … Je saute dans tous les sens, je cours autour de la table. Il y a tellement de picole, de coke, de crack, de colle et d’essence que je m’en badigeonne partout sur le corps et je m’en frictionne la peau. J’en ai partout, j’en suis complètement recouvert. »| | Un premier roman, un Best-Seller,…


| « … Je saute dans tous les sens, je cours autour de la table. Il y a tellement de picole, de coke, de crack, de colle et d’essence que je m’en badigeonne partout sur le corps et je m’en frictionne la peau. J’en ai partout, j’en suis complètement recouvert. »|

| Un premier roman, un Best-Seller,
Plus de 10 millions d’exemplaires dans le monde
Un auteur encensé puis controversé ?
Un récit à la serpe |

…Il en rêve ! Arrêter ou mourir à la prochaine prise de stup. Pourtant, c’est sa came au sens propre comme au sens figuré.

Il est addict ! Il est accroc ! La peur du vide, la peur de se retrouver face à lui-même. Se défoncer loin du regard des autres, puis s’en foutre au point de ne plus se souvenir de rien. S’exposer à la vindicte populaire à en oublier les apparences, à s’en oublier physiquement.

C’est sa manière de vivre parmi les siens. Et pourtant les plus proches, sa mère et son père n’ont rien vu.
A 7 ans, il finissait les verres de fin de repas, à 10 ans il commençait à boire, à 13 ans il consommait de la weed. A 15 ans, il devenait dealer. Il a snifé tout ce qu’il était possible de snifer. A vingt-trois ans, il est accroc au crack sous toutes ses formes.

Issu de bonne famille, un père businessman et une mère attentionnée, James ne sait pas pourquoi il s’emporte dès qu’il les voit, dès qu’ils lui parlent, dès qu’ils veulent l’entourer de leur amour « collant ». Alors Il se noie dans toutes les substances.
Pourquoi son frère ainé Bob a toujours été clean, n’a jamais fait d’histoire ?

Dès la première phrase, j’ai été happé par la description de son état physique, un chantier présumé de son état mental.
Il est comme les « gueules cassées ». Il n’est pas allé au front, il s’est infligé lui-même la double peine. Une énième dose, de l’absence à en perdre connaissance, museler sa conscience pour s’autodétruire, se défigurer, s’enfuir et fermer la porte derrière lui.
Pourquoi se faire la guerre à soi-même pendant que d’autres ont donné leur vie, ont fracassé leurs « gueules » pour essayer de sauver le monde ?

Amoché ! Comment, où ? Il ne s’en souvient plus. L’état des lieux de son corps est gravé dans le marbre. Une épave sanguinolente en route pour Chicago. Il est rapatrié dans un avion, seul à l’abri des regards. Il est recherché dans trois états. Il est jeune, drogué et délinquant.

Un trou dans la joue, quatre dents de devant ont sauté, son nez est cassé, ses yeux sont boursouflés. Une mixture de ses propres liquides forme un patchwork infâme sur ses vêtements. Il n’arrive pas à marcher. Il est incontinent. Il est plus mort que vivant.
Addict à l’alcool et aux drogues en tout genre, James est rock’n’roll, et il a une « putain » de force vitale.

Pas plus de fioritures dans le phrasé que dans la défonce.
James Frey crée un nouveau style.
La narration et les dialogues se confondent, ce qui donne un rythme effréné aux situations.
Le pari est réussi. On est James, on est dans sa tête, dans sa violence intérieure et dans ses mots qui giflent.

On comprend avant lui son rapport viscéral avec ses parents. Les tripes de l’affect qui se nouent et l’empêche d’accueillir leur amour. Ils s’aiment. Ils s’aiment mal.

Ses parents et son frère l’accompagnent dans une Clinique de désintoxication réputée dans le Minnesota. James va sur ses vingt-quatre ans. Il titube. Il a enquillé une bouteille de vin entre l’aéroport et la clinique. Il est pris en charge et ferme de nouveau la porte derrière lui pour s’immerger dans les quatre murs de toutes les addictions. Elles touchent toutes les couches sociales. D’où viennent-elles ? De l’enfance, du rapport aux parents, à l’éducation, du poids des descendants, une généalogie, un ADN, un rapport au monde, une empreinte invisible pourtant marquée au fer rouge.
                                                                                           
Le thérapeute Ken l’accueille avec tact.
James le respecte, des vieux réflexes de sa bonne éducation, mais il s’en fout du Centre. Il veut être seul. Il va réfléchir à son évasion ou comment en finir pour de bon. Il aurait besoin de s’en mettre plein le cornet.

Joanne la psychologue lui inspirera confiance.
Elle saisira cette opportunité pour organiser une rencontre quotidienne entre elle, James et ses parents.
Les révélations de James sont inattendues et époustouflantes de sincérité et d’honnêteté. Il dit enfin ce qu’il ressent au plus profond de son être, se livre à cœur ouvert sur ses sentiments de rejet et sur l’incompréhension de ses addictions.
Pour travailler sur soi, sa santé mentale, découvrir une pathologie, il est nécessaire de se sevrer. Les paradis artificiels camouflent la partie cachée de l’Iceberg.

« Certains ne deviennent jamais fous… Leurs vies doivent être bien ennuyeuses. »
– Charles BUKOWSKI –

Son caractère est bien trempé. Il est le témoin nécessaire. Impossible de passer à coté de lui. Son livre est une ode à la renaissance pour tous ceux qui pensent que c’est cuit, que ça n’en vaut plus la peine.
Peu importe qu’il fut fustigé pour avoir vendu son livre comme une autobiographie, puis une autofiction. Le Lecteur américain n’aime pas l’entre-deux. Soit l’auteur dit la vérité, soit il délivre une fiction.
Voir Oprah Winfray interview James Frey

« Personally I dont give a fuck if it’s true or not ! That’s the whole point of writing ! »
– PZ –

Voici ce qui m’importe le plus : il est l’alerte dans la matrice qui nous broie tous. Sauf que dans sa descente aux enfers, il a lucidité de ceux qui se connaissent pour ne jamais abdiquer même si tous les facteurs sont réunis. Il a été conçu pour encaisser dans « la fabrique de violence ».

Il est temps de lui redonner un aspect humain.
Recoudre à vif son trou dans la joue avec une bonne aiguille, redresser son nez d’un coup sec, et lui refaire la devanture, le tout sans anesthésie. Trop risqué ! Imbibé de coke doublé d’un cocktail d’anesthésiant, overdose et morgue assurées.

Dans toutes les strates de la Clinique, il y a les repentis (comme les mafieux), mais ceux-là sont des repentis sobres…jusqu’à quand ?
Roy use de ses petits pouvoirs. Il frime parce qu’il se croit sorti d’affaire et s’arroge le droit d’humilier les soumis toujours à la limite de plonger à nouveau.

Hank, le vieux briscard, a été embauché comme chauffeur. Il a choisi la compassion. C’est un vieux « routier » qui en a vu défiler. James l’apprécie. Il est ce père ou ce grand-père qui réconforte, qui rend tout plus facile, plus douillet.

Leonard, un vieux mafieux, que James rejette dans un premier temps. Un combat de coq. Deux égos dans un mitard de drogués et d’alcoolique ? Mission possible ?

Lilly, la jeune fille effarouchée, est une ex-prostituée et ex-camée. Sa mère l’a entraînée dans cette spirale. Il faut payer la Schnouf ! Arriveront-ils à tisser un lien durable sur la toile du monde à l’extérieur de ces 32 bâtiments aux règles strictes ? Ils ont un plan sur la comète !
James est prévenu. Pas de contacts avec les filles. Ils se jaugent, ils se frôlent et se voient en cachette.

Miles, son colloc est afro-américain. Il est juge dans la société civile et joue du sax à merveille. C’est sa dernière chance de dire Adieu à l’alcool, sinon il devra dire Adieu à sa femme et ses enfants. Il en est à sa 3ème tentative de désintox.

Ce sont des femmes et des hommes ordinaires. Le commun des mortels avec sa particularité, son unicité par ses choix de vie. Ils n’ont pas atterri là par hasard, ils ne sont pas apparus là par magie. Ils viennent bien de quelque part.

Elles et ils sont le reflet de notre société dans tout ce qu’elle nous pousse à endurer pour échapper à son absurdité, à ce qu’il y a de plus abject, le conditionnement dans un cercle sans fin qui annihile la considération humaine, le premier de nos combats , la condition humaine.

La difficulté de vivre est une tentation permanente de fricoter avec la mort. James en rêve et en même temps, nous lectrices, lecteurs comprenons qu’il a soif de vivre. Un mental supérieur à la moyenne !
Quand ça lui reprend, j’ai envie de lui rappeler ses efforts précédents et lui lâcher un : « Fais Pas l’con ! »

Un livre d’espoir à mettre entre toutes les mains de ceux qui jugent, de ceux qui ont peur, de ceux qui doutent et de ceux qui sont passés par là.
Un récit inspirant et très émouvant. Rare sont les livres qui émeuvent aux larmes. Un cri à renaître !
Mille morceaux me fait penser à la magnifique chanson de Bernard Lavilliers à écouter sur
Vivre Encore

James Frey m’a été conseillé par Camille de Peretti. Il m’a inspiré, parmi d’autres, dans l’écriture de mon premier livre. Le lâcher-prise total, aller jusqu’à l’os de ce qui ronge. Le désespéré de Courbet est un clin d’œil à l’atelier de Camille de Peretti et à mes amies d’écriture. Nous avons fait un exercice par rapport à une peinture de notre choix. Je n’en dis pas plus.

Merci à Camille et merci à James que je continue de conseiller à mon entourage et à tous ceux que je rencontre sur mon chemin quand je sors de ma tanière.

ECRIVEZ ! LISEZ POUR ECRIRE ! ECRIVEZ SANS COMPLEXE, SANS RETENUE !
James l’a fait à partir de son expérience de vie. N’attendez-pas de vouloir tout savoir.
« FUCK IT, DO IT ! »

« Lire pour se cultiver, c’est l’horreur. Lire pour rassembler son âme dans la perspective d’un nouvel élan, c’est la merveille. » – Christian BOBIN –

« Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout. » – Victor HUGO –



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